Où vont les fleuves
Traduit du bengali par l’auteur avec Luc Grand-Didier et Gérard Macé La pluie tombe. En moi j’entends, comme des feuilles mortes qui tombent elles aussi dans des forêts lointaines : ti tas anti/si thas tha/mi vas mas... Et après, qu’est-ce qui vient juste après ? Oui, maintenant je me souviens : tu tâm antu/hi tam ta/âni âva âma.
Il fait jour encore, ce n’est que le début de l’après-midi. Et pourtant, moi qui suis seul, assis dans cette chambre close, si je regarde au-dehors, je vois à travers la fenêtre une lumière aussi floue que mon état d’âme, une lumière qui ne peut rien contre l’obscurité. Dedans aussi bien que dehors s’étend une ville souterraine. La pluie tombe, une rivière doit couler quelque part. Tout autour je perçois l’existence vague d’un monde en partie connu, en partie inconnu : une terre somnolente et peuplée, un amas d’édifices immergés dans les ténèbres, d’où surgissent des têtes qu’on ne voit pas entièrement. Comme si flottaient dans l’air des bannières annonçant une victoire, ou une défaite. Victoire de qui ?
Extrait de Ti tas anti.
Au printemps 1997, un groupe de lecteurs adressa à Lokenath Bhattacharya neuf questions. A cette occasion, le poète bengali revient sur ses premiers textes poétiques, parle du Gange et de l’Aveyron, de la culture indienne et de l’influence qu’exercèrent sur lui les littératures occidentales. Surtout, il approfondit certains de ses thèmes de prédilection, notamment celui de la chambre, ce lieu de la création poétique, lieu intérieur, à l’instant où « le chemin ne cesse de s’ouvrir ».
En ouverture, figurent trois de ses récents poèmes : Où vont les fleuves, Ti tas anti et La main, cette nuit.
Ailleurs, dans les bribes. Sur Lokenath Bhattacharya, de Jean-Christophe Bailly, vient clore ce recueil.
Edition bilingue pour les poèmes (bengali-français). 96 pages.